(En Français en bas de page)
First Pigeon: Hold still.
Second Pigeon: Easy for you to say. He’s painting your left foot.
First: That’s because my scales have better structure.
Second: Your scales are ordinary.
First: Ordinary today. Historic tomorrow.
Second: I don’t understand why the master keeps making the boy paint our legs.
First: Apparently, genius begins at the ankle.
Second: I was hoping it began with the wings.
First: Wings are poetry. Feet are grammar.
Second: That doesn’t sound fair.
First: Art rarely is.
(The boy changes brushes.)
Second: Look at his concentration.
First: He hasn’t blinked in ten minutes.
Second: Poor child.
First: Poor us.
(A long silence.)
Second: Do you think he’ll always paint like this?
First: Certainly. Once you’ve mastered pigeon feet, where else is there to go?
(Many years pass.)
Second: Have you seen his latest paintings?
First: I have.
Second: None of the pigeons have proper legs.
First: No.
Second: Sometimes they don’t even have proper faces.
First: That’s because he finally graduated.
Second: From us?
First: Every revolution begins with homework.
Second: Strange.
First: What’s strange?
Second: The whole world remembers his bulls, his guitars, his women, his doves...
First: ...
Second: ...and nobody remembers the two pigeons who stood perfectly still.
First: That’s the fate of good model
sPremier Pigeon : Ne bouge pas.
Deuxième Pigeon : Facile à dire. C’est ta patte gauche qu’il est en train de peindre.
Premier : C’est parce que mes écailles ont une meilleure structure.
Deuxième : Tes écailles n’ont rien d’exceptionnel.
Premier : Ordinaires aujourd’hui. Historiques demain.
Deuxième : Je ne comprends pas pourquoi le maître oblige toujours le garçon à peindre nos pattes.
Premier : Apparemment, le génie commence à la cheville.
Deuxième : J’espérais qu’il commençait par les ailes.
Premier : Les ailes, c’est la poésie. Les pattes, c’est la grammaire.
Deuxième : Ce n’est pas très juste.
Premier : L’art l’est rarement.
(Le garçon change de pinceau.)
Deuxième : Regarde comme il est concentré.
Premier : Il n’a pas cligné des yeux depuis dix minutes.
Deuxième : Pauvre enfant.
Premier : Pauvres de nous.
(Un long silence.)
Deuxième : Tu crois qu’il peindra toujours comme ça ?
Premier : Certainement. Une fois qu’on maîtrise les pattes de pigeon, où veux-tu aller de plus ?
(De nombreuses années passent.)
Deuxième : Tu as vu ses derniers tableaux ?
Premier : Oui.
Deuxième : Aucun des pigeons n’a de vraies pattes.
Premier : Non.
Deuxième : Parfois, ils n’ont même pas de vrais visages.
Premier : C’est parce qu’il a enfin obtenu son diplôme.
Deuxième : Grâce à nous ?
Premier : Toute révolution commence par des devoirs.
Deuxième : Étrange.
Premier : Qu’est-ce qui est étrange ?
Deuxième : Le monde entier se souvient de ses taureaux, de ses guitares, de ses femmes, de ses colombes...
Premier : ...
Deuxième : ...et personne ne se souvient des deux pigeons qui sont restés parfaitement immobiles.
Premier : C’est le destin des bons modèles.


